Pourquoi le barrage d’Arzal-Camoël limite-t-il parfois les éclusages en période de sécheresse ? Comment sont décidées les restrictions ? Pourquoi le pont peut-il être fermé à la navigation ? Explications.
Eaux & Vilaine, Établissement Public Territorial de Bassin, est propriétaire et gestionnaire du barrage d’Arzal-Camoël. En période de sécheresse, son fonctionnement suscite régulièrement des questions de la part des usagers, des professionnels, des riverains et des habitants.
Cette page apporte les principales explications pour mieux comprendre le fonctionnement du barrage, les enjeux liés à la préservation de la ressource en eau et les restrictions qui peuvent être mises en place lorsque le débit de la Vilaine devient trop faible.
À quoi sert le barrage d’Arzal-Camoël ?
Construit dans les années 1960 et mis en service en 1970, le barrage d’Arzal-Camoël remplit plusieurs missions essentielles pour le territoire.
Ses deux missions principales sont :
- constituer une réserve d’eau douce destinée à la production d’eau potable ;
- limiter les risques d’inondation en hiver sur le secteur de Redon.
Le barrage joue également un rôle important pour la navigation, la gestion des milieux naturels et la continuité écologique.
Une réserve stratégique pour l’eau potable
Située à Férel, en amont du barrage, l’usine de production d’eau potable de Vilaine Atlantique, propriété d’Eaux & Vilaine, est l’une des plus importantes de Bretagne.
Elle peut produire jusqu’à 90 000 m³ d’eau potable par jour, à destination de la Loire-Atlantique, du Morbihan et de l’Ille-et-Vilaine. Elle alimente notamment les agglomérations de La Baule-Guérande, Saint-Nazaire et Vannes, et est interconnectée avec Rennes Métropole.
En période estivale, jusqu’à un million de personnes peuvent être alimentées par cette usine.
Cette installation joue également un rôle de sécurisation interdépartementale. Lorsque d’autres ressources en eau du territoire sont en tension et que la continuité d’approvisionnement des populations est menacée, sa production peut être augmentée afin de garantir la fourniture d’eau potable.
Un rôle essentiel dans la prévention des inondations
En hiver, le barrage contribue à limiter les inondations sur le secteur de Redon.
À chaque marée basse, les cinq vannes du barrage sont ouvertes afin d’évacuer les crues. À marée haute, elles sont refermées pour empêcher l’eau de mer de remonter dans la Vilaine.
Plusieurs autres fonctions
Le barrage d’Arzal-Camoël assure également :
- la navigation, grâce à son écluse, qui permet environ 15 000 passages de bateaux par an, principalement en période estivale ;
- la régulation des niveaux d’eau de deux zones Natura 2000 : les marais de Redon, en amont, et l’estuaire de la Vilaine, en aval ;
- la continuité écologique, grâce aux passes à poissons et à civelles, ainsi qu’au suivi scientifique des migrations de poissons.
Ces différents usages doivent parfois être conciliés, notamment en période de sécheresse. La préservation de la réserve d’eau douce et la navigation peuvent alors entrer en conflit : on parle de conflit d’usages.
Lorsque la ressource en eau est menacée, l’alimentation en eau potable devient prioritaire et la navigation dans l’écluse peut être restreinte.
Comment le barrage est-il géré de mai à octobre ?
À partir du printemps, la fréquentation de l’écluse augmente fortement avec le retour de la navigation de plaisance. Eaux & Vilaine augmente alors le nombre d’éclusages, qui peut atteindre 11 par jour, afin de répondre à cette hausse du trafic.
Mais chaque éclusage a une conséquence sur la réserve d’eau douce : un volume d’eau salée pénètre dans la réserve à chaque passage de l’écluse.
Tant que le débit de la Vilaine est suffisant, cette eau salée peut être « chassée » grâce à l’ouverture partielle des cinq vannes du barrage.
En revanche, lorsque le débit du fleuve diminue fortement, la Vilaine n’a plus suffisamment de capacité pour évacuer naturellement cette eau salée. Celle-ci peut alors progressivement s’accumuler en amont du barrage et devenir une contrainte pour la production d’eau potable.
Le rôle des siphons
Pour limiter la remontée du sel vers l’amont, deux grands tuyaux, appelés siphons, ont été installés en amont du barrage.
Ils permettent de pomper l’eau salée avant qu’elle n’atteigne l’usine de production d’eau potable et de la rejeter à l’aval du barrage, côté mer.
Cependant, les siphons ne captent pas uniquement de l’eau salée. Ils évacuent également une quantité importante d’eau douce.
Pour 1 m³ d’eau salée capté, les siphons évacuent environ 10 m³ d’eau douce.
En dehors des périodes de sécheresse, le débit de la Vilaine permet de compenser ces pertes et les siphons suffisent à limiter la quantité d’eau salée en amont. La production d’eau potable n’est alors pas contrariée.
Que se passe-t-il en situation de sécheresse ?
En période de sécheresse, le débit de la Vilaine peut devenir très faible, voire nul.
La situation devient alors particulièrement sensible :
- le niveau de la réserve d’eau douce diminue sous l’effet de l’évaporation liée aux fortes chaleurs ;
- les siphons entraînent une évacuation d’eau douce lorsqu’ils fonctionnent ;
- parallèlement, de l’eau salée pénètre progressivement dans la réserve à chaque éclusage.
La quantité d’eau douce disponible diminue donc tandis que la quantité d’eau salée augmente progressivement.
Pour préserver la ressource en eau et garantir la production d’eau potable, la navigation dans l’écluse doit alors être restreinte lorsque certains seuils de hauteur d’eau et de qualité sont atteints.
Comment sont décidées les restrictions d’éclusage ?
Les restrictions sont décidées par Eaux & Vilaine, en concertation avec la Compagnie des Ports du Morbihan et les associations de plaisanciers des ports d’Arzal-Camoël, de La Roche-Bernard et de Folleux.
Le principe est de mettre en place les restrictions de manière progressive, afin de préserver au maximum les différents usages tout en protégeant la ressource en eau.
Niveau 1 : réduire le nombre d’éclusages
Le premier niveau consiste à supprimer de un à trois éclusages par jour à marée haute, notamment lors des forts coefficients de marée.
Cette première mesure permet de réduire les entrées d’eau salée dans la réserve tout en maintenant une partie de la navigation.
Niveau 2 : interrompre temporairement les éclusages
Si la sécheresse se poursuit, Eaux & Vilaine peut être amené à supprimer les éclusages pendant plusieurs jours.
Cette interruption permet notamment de mettre temporairement les siphons à l’arrêt et ainsi de limiter les pertes d’eau douce.
Niveau 3 : fermer entièrement l’écluse
En situation extrême, lorsque la préservation de la ressource l’impose, l’écluse peut être entièrement fermée.
Cette mesure permet de mettre à l’arrêt les deux siphons et de préserver au maximum la réserve d’eau douce destinée à la production d’eau potable.
Pourquoi l’écluse est-elle ouverte le week-end et fermée en semaine ?
L’écluse du barrage d’Arzal est davantage fréquentée le week-end qu’en semaine. En cas de restrictions d’éclusage de niveau 2, Eaux & Vilaine se concerte avec la Compagnie des Ports du Morbihan et les associations de plaisanciers des ports d’Arzal-Camoël, de La Roche-Bernard et de Folleux.
Afin de limiter au maximum l’impact des restrictions sur la navigation de plaisance, les éclusages sont maintenus le week-end et suspendus en semaine.
Ce fonctionnement permet de préserver une partie du trafic de plaisance, tout en contribuant à la préservation de la réserve d’eau douce. Il peut toutefois contraindre les plaisanciers qui naviguent uniquement en semaine.
Comment les automobilistes sont-ils informés des ouvertures du pont du barrage ?
Lors des éclusages, la circulation routière sur le pont d’Arzal est temporairement interrompue. Les automobilistes sont informés de ces interruptions grâce à plusieurs dispositifs.
Deux panneaux d’information, situés côté Arzal, au niveau du rond-point de la Corne du Cerf, et côté Camoël, indiquent la fermeture du pont et sa durée estimée.
Cette durée est évaluée par les agents barragistes d’Eaux & Vilaine en fonction du nombre de bateaux à faire passer dans les deux sens. Elle peut toutefois varier selon les conditions de navigation et la capacité des plaisanciers à manœuvrer. Une manœuvre difficile ou un bateau bloqué dans l’écluse peut ainsi prolonger la fermeture du pont.
Une information désormais disponible sur Waze et Google Maps
Depuis le 3 août 2026, les informations relatives aux ouvertures du pont d’Arzal sont transmises automatiquement à Waze et Google Maps, quelques instants avant la fermeture du pont à la circulation.
Pendant les périodes d’interruption, ces applications peuvent proposer automatiquement des itinéraires alternatifs afin de faciliter les déplacements des automobilistes.
Les panneaux d’information routière restent bien entendu en place, côté Arzal comme côté Camoël, et continuent d’informer les usagers.
Une alternative pour éviter les interruptions
Pour les automobilistes qui souhaitent éviter tout risque de fermeture du pont d’Arzal, un itinéraire de contournement est toujours possible par le pont de La Roche-Bernard.